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L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Bière belge : comment les brasseurs transforment leur modèle

Consommation, exportations, sans-alcool et nouveaux formats : comprendre la transformation du marché belge et ses perspectives, des chiffres 2025 aux signaux de 2026.

Pinteo Explique

La bière belge change de modèle. Le recul des volumes pousse les brasseurs à revoir leurs gammes, leurs formats et leurs coûts, tandis que le sans-alcool et certaines spécialités ouvrent d’autres débouchés. Des résultats contrastés de 2025 aux premiers signaux de 2026, le défi est de préserver la rentabilité et la diversité brassicole dans un marché qui se transforme.

L’essentiel

  • 395 brasseries sont recensées en 2025, contre 411 en 2024.
  • 6,19 millions d’hectolitres de bière ont été consommés en Belgique, en baisse de 3,2 %.
  • Environ 70 % de la production part à l’étranger. Les exportations reculent de 4,8 %.
  • Le sans-alcool et le faiblement alcoolisé progressent de 17 % et représentent 6,5 % de la consommation intérieure.
  • Le modèle se transforme : versions sans alcool, nouveaux formats et recentrage des gammes ; les résultats des entreprises divergent.
  • 2026 apporte des signaux de redressement chez Haacht, à distinguer du bilan national 2025.

Les Belges boivent moins de bière, bien au-delà du choc du Covid

Le rebond qui a suivi les restrictions sanitaires s’est interrompu. Après la reprise de 2022, les volumes consommés reculent trois années de suite. La baisse touche les cafés, hôtels et restaurants comme les achats en magasin. En 2025, elle est plus marquée dans l’horeca, à −4,1 %, que dans le commerce de détail, à −2,6 %.

La transformation est ancienne : la consommation intérieure a perdu près d’un cinquième de son volume entre 2016 et 2025. Une bière peut donc conserver une forte notoriété et se vendre dans un marché qui rétrécit. Pour les producteurs, l’enjeu porte à la fois sur les quantités écoulées et sur la valeur dégagée par chaque vente.

Quinze ans de recul de la consommation

Quinze ans de recul de la consommation0,02,55,07,510,02010201320162019202220252010 : Consommation intérieure, 8,437 M hl2011 : Consommation intérieure, 8,574 M hl2012 : Consommation intérieure, 8,228 M hl2013 : Consommation intérieure, 8,093 M hl2014 : Consommation intérieure, 8,095 M hl2015 : Consommation intérieure, 7,951 M hl2016 : Consommation intérieure, 7,689 M hl2017 : Consommation intérieure, 7,013 M hl2018 : Consommation intérieure, 7,106 M hl2019 : Consommation intérieure, 7,065 M hl2020 : Consommation intérieure, 5,749 M hl2021 : Consommation intérieure, 6,452 M hl2022 : Consommation intérieure, 6,934 M hl2023 : Consommation intérieure, 6,532 M hl2024 : Consommation intérieure, 6,398 M hl2025 : Consommation intérieure, 6,195 M hl
Consommation intérieure · 2025 : 6,19 M hl
Millions d’hectolitres · Brasseurs Belges, rapport annuel 2025, p. 33. Tous les millésimes de 2010 à 2025.
Voir les valeurs annuelles
AnnéeConsommation intérieure (M hl)
20108,437
20118,574
20128,228
20138,093
20148,095
20157,951
20167,689
20177,013
20187,106
20197,065
20205,749
20216,452
20226,934
20236,532
20246,398
20256,195

Quels volumes de bière par habitant en Europe ?

Les volumes de marché par habitant sont plus élevés en Belgique qu’en France. En appliquant le même calcul aux cinq pays, la Belgique se situe autour de 52 litres par habitant en 2025, contre 32 litres en France. Elle reste en dessous de l’Allemagne et de la Tchéquie.

Volumes de bière rapportés à la population en 2025

Tchéquie130,9 L/hab.
Allemagne84,2 L/hab.
Pays-Bas58,7 L/hab.
Belgique52,1 L/hab.
France32,1 L/hab.
Litres par habitant · Consommation nationale 2025 divisée par la population au 1er janvier 2025. Volumes : Brewers of Europe ; population : Eurostat, demo_pjan. Méthode détaillée en fin de dossier.

La réputation brassicole et le volume bu par habitant racontent donc des histoires différentes. La force de la Belgique tient aussi à la diversité de ses bières et à leur diffusion internationale.

Dans les circuits de vente, les cafés, hôtels et restaurants représentent environ 40 % des volumes belges en 2025, contre 30 % en France. Cette présence reste un élément central du marché, même si les magasins réalisent la majorité des ventes.

Pour poursuivre la comparaison entre pays, retrouvez aussi notre analyse du marché suisse de la bière.

L’exportation, deuxième moteur du modèle belge, ralentit aussi

La Belgique brasse largement pour d’autres pays. Lorsque les commandes étrangères diminuent, les débouchés intérieurs ne suffisent donc pas à absorber les volumes. En 2025, les exportations atteignent 14,43 millions d’hectolitres.

La France est le premier pays destinataire, devant les Pays-Bas et l’Espagne. Les voisins européens occupent une place centrale : proximité logistique, distribution et présence durable des marques en font des débouchés majeurs. Ces échanges concernent toute la diversité de la production belge, des pils aux spécialités.

Les cinq premiers débouchés en 2025

France4,971 M hl
Pays-Bas3,227 M hl
Espagne2,219 M hl
Allemagne0,907 M hl
Italie0,733 M hl
Volumes exportés, millions d’hectolitres · Rapport annuel 2025, p. 39. Données arrondies au millier d’hl.

Le recul est particulièrement marqué hors de l’Union européenne : −13,7 % en 2025, contre −3,4 % dans l’Union. Cela fragilise le rôle d’amortisseur longtemps joué par l’international. Les destinations peuvent cependant évoluer dans des directions différentes : l’Espagne et l’Allemagne progressent dans la série publiée pour 2025.

Un pays producteur, exportateur… et importateur

20,62 M hlProduction en Belgique · 2025
14,43 M hlExportations · 2025
0,94 M hlImportations · 2025

La production nationale était de 25,47 millions d’hectolitres en 2019. Depuis, le ralentissement touche les débouchés intérieurs comme étrangers.

Production et exportations : le recul depuis 2019

Production et exportations : le recul depuis 20190,07,515,022,530,020192020202120222023202420252019 : Production, 25,471 M hl2020 : Production, 23,586 M hl2021 : Production, 23,800 M hl2022 : Production, 23,149 M hl2023 : Production, 21,552 M hl2024 : Production, 21,550 M hl2025 : Production, 20,620 M hl2019 : Exportations, 18,406 M hl2020 : Exportations, 17,837 M hl2021 : Exportations, 17,345 M hl2022 : Exportations, 16,215 M hl2023 : Exportations, 15,019 M hl2024 : Exportations, 15,151 M hl2025 : Exportations, 14,425 M hl
Production · 2025 : 20,62 M hlExportations · 2025 : 14,43 M hl
Millions d’hectolitres · Brewers of Europe, édition 2026, p. 9 et 20–21 ; Brasseurs Belges, rapport 2025, p. 39. Série d’exportation révisée.
Voir les valeurs annuelles
AnnéeProduction (M hl)Exportations (M hl)
201925,47118,406
202023,58617,837
202123,80017,345
202223,14916,215
202321,55215,019
202421,55015,151
202520,62014,425

D’où viennent les bières importées ?

Les Pays-Bas arrivent en tête des fournisseurs de bières de malt, devant l’Allemagne, l’Irlande et la France lorsqu’on classe les flux par volume. Ce commerce rappelle que les échanges fonctionnent dans les deux sens, même dans un pays fortement exportateur.

Principales provenances des importations en 2024

Pays-Bas56,9 M L
Allemagne18,5 M L
Irlande18,1 M L
France13,8 M L
Luxembourg4,9 M L
Millions de litres · WITS / UN Comtrade, importations déclarées par la Belgique, code SH 220300. Millésime 2024 ; classement en volume.

À lire aussi : nos dossiers sur le marché espagnol et le marché italien.

Moins de brasseries, mais toujours des créations

Après avoir atteint 430 brasseries en 2022, le décompte redescend à 417 en 2023, 411 en 2024, puis 395 en 2025. Pour cette dernière année, la fédération dénombre 12 ouvertures et 28 fermetures. Le renouvellement continue, à un rythme insuffisant pour compenser les sorties.

Le nombre de brasseries : essor puis repli

2019339
2020378
2021408
2022430
2023417
2024411
2025395
Brasseries recensées · Brewers of Europe, édition 2026, p. 23. Tous les millésimes de 2019 à 2025. Échelle : 0 à 450.
12ouvertures en 2025
28fermetures en 2025

Ce mouvement ne décrit pas à lui seul les volumes produits. La disparition d’une petite unité et celle d’un grand site n’ont pas le même poids économique. Les investissements atteignent encore 213 millions d’euros en 2025 : la contraction du nombre d’acteurs coexiste avec la modernisation des installations.

Qui possède les grandes marques de bière belge ?

Derrière les étiquettes belges, les propriétaires et les lieux de production varient. Le paysage belge associe un géant mondial installé à Louvain, une filiale de Heineken, des groupes familiaux et de nombreuses maisons de taille plus modeste.

Quatre groupes présents dans les rayons

AB InBev

Groupe international
Siège à Louvain

↓

Jupiler · Stella Artois
Leffe · Hoegaarden
Tripel Karmeliet · Kwak

Heineken

Groupe international
Filiale belge : Alken-Maes

↓

Maes · Cristal
Affligem · Mort Subite

Duvel Moortgat

Groupe familial belge
Présent à l’international

↓

Duvel · Chouffe · Vedett
Liefmans · De Koninck

Royal Swinkels

Groupe familial néerlandais
Brasseries en Belgique

↓

Palm
Rodenbach

Sélection de marques. Les listes ne représentent ni des parts de marché ni l’ensemble des portefeuilles.

AB InBev annonce cinq brasseries en Belgique. Duvel Moortgat, groupe familial international, en exploite treize dans le monde. Royal Swinkels ajoute une autre dimension : des brasseries implantées en Belgique au sein d’un groupe familial néerlandais. À côté de ces ensembles, plusieurs maisons belges ont construit leur propre portefeuille.

MaisonQuelques marques repèresOrganisation
HuygheDelirium, La Guillotine, AverbodeBrasserie familiale à Melle
VanhonsebrouckKasteel, Filou, St. LouisBrasserie familiale à Ingelmunster
HaachtPrimus, SUPER 8Groupe Co.Br.Ha., coté en Bourse
ChimayChimay Bleue, Rouge, Triple…Brassage trappiste à Scourmont

Une bière d’abbaye comme Leffe et une trappiste comme Chimay relèvent de modèles distincts. Le nom, le style ou l’imagerie de l’étiquette ne suffisent pas à identifier l’entreprise qui produit une bière.

Trois trajectoires derrière la baisse nationale

Le marché se contracte, mais toutes les entreprises ne suivent pas la même pente. Les exemples suivants montrent trois situations : croissance d’une spécialité, amélioration des marges et redressement encore difficile.

CONQUÉRIR UN PUBLIC

Vanhonsebrouck : le moteur des bières fruitées

Le chiffre d’affaires de la brasserie passe de 29 millions d’euros en 2017 à près de 57 millions en 2025, selon l’analyse de Trends fondée sur les données de Trends Business Information. Xavier Vanhonsebrouck y indique que Kasteel Rouge représente 46 % des volumes et du chiffre d’affaires consolidé.

Une bière fruitée peut ainsi devenir une marque centrale et toucher d’autres occasions de consommation que la pils classique.

PRÉSERVER LES MARGES

Duvel Moortgat : moins de litres, de meilleurs résultats

À l’échelle mondiale, le groupe vend 2,2 millions d’hectolitres en 2025 : −3,3 % en volume et −1,7 % de chiffre d’affaires. L’EBITDA et le bénéfice net progressent pourtant, grâce notamment à la maîtrise des coûts et à l’efficacité de ses activités.

Ce cas montre pourquoi les volumes seuls ne suffisent pas pour apprécier la santé d’un brasseur.

RETROUVER LA RENTABILITÉ

Haacht : des pertes en 2025, des premiers signes de redressement en 2026

Co.Br.Ha., maison mère de Haacht, publie un chiffre d’affaires de 109,1 millions d’euros en 2025, en baisse de 2,7 %, et une perte nette de 11,4 millions. Les volumes de bière et de softs réunis progressent pourtant de 0,8 %.

La relance de Primus et le développement de SUPER 8 s’accompagnent d’une simplification de la gamme et d’économies. Les charges exceptionnelles pèsent sur le résultat, tandis que la rentabilité récurrente s’améliore.

Le premier semestre 2026 apporte un signal différent. Dans son communiqué du 12 août, Co.Br.Ha. annonce une hausse de 45 % du REBITDA, son indicateur de résultat d’exploitation récurrent avant amortissements, et de 5,8 % des volumes de ses marques prioritaires. Ces résultats accompagnent le plan Horizon 2030 ; ils ne signifient pas que tous les volumes du groupe augmentent de 5,8 %, ni qu’un retour durable au bénéfice net est acquis.

La croissance peut aussi venir de l’exportation : l’analyse de Trends cite la brasserie familiale de Silly parmi les entreprises wallonnes en progression. Les débouchés et les marques développées comptent donc autant que la seule évolution du marché intérieur.

Comment les brasseurs belges transforment leur modèle

La transformation se joue dans les recettes, les formats et les lieux de consommation. Les brasseurs adaptent aussi leurs gammes et leur organisation pour mieux vivre des volumes qu’ils produisent. Du développement du sans-alcool à l’accueil du public à la brasserie, plusieurs voies se dessinent.

Sans-alcool et bières fruitées : élargir les occasions

La progression de 17 % du sans-alcool et du faiblement alcoolisé en 2025 indique un déplacement de la demande. Avec 6,5 % de la consommation intérieure, cet ensemble reste toutefois trop petit pour compenser à lui seul la contraction du marché. Le développement de Liefmans Peach 0.0 illustre une stratégie associant une marque déjà connue, une recette fruitée et une version sans alcool. L’enjeu est désormais de fidéliser ce public et d’installer ces références dans les habitudes de consommation.

La canette fait évoluer le service et les usages

Duvel Moortgat propose aussi Duvel 6,66 % en canette slim de 33 cl, aux côtés de ses formats en bouteille. Le groupe vise notamment les festivals et les occasions de consommation hors du service traditionnel au verre. Ce conditionnement montre comment une maison associée à un rituel de dégustation peut chercher d’autres usages.

Canette de Duvel 6,66 %, visuel officiel Duvel Moortgat
Duvel 6,66 % en canette : une évolution du conditionnement et des usages visés. Visuel officiel Duvel Moortgat.

Des gammes et des coûts adaptés aux volumes

Les cas Duvel Moortgat et Haacht invitent à distinguer les litres vendus du résultat économique. Simplifier une gamme, concentrer les efforts commerciaux sur certaines marques et mieux utiliser les installations sont des leviers de rentabilité. Chaque brasseur combine ces leviers selon ses marques, son réseau commercial et son outil de production.

Investir sans présumer d’un retour à la croissance

Les 213 millions d’euros investis par le secteur en 2025 montrent que les brasseurs continuent d’engager des moyens malgré le recul des débouchés. Pour apprécier la transformation, il faudra observer les projets réalisés et leurs résultats, au-delà des sommes annoncées.

Enfin, l’exportation et les cafés restent déterminants. Une nouvelle recette doit trouver une place chez les distributeurs et dans les établissements ; une hausse des ventes en magasin peut coexister avec une baisse dans l’horeca. Le suivi des circuits de vente et des destinations d’exportation permet de voir où les adaptations trouvent réellement leur public.

Brewpubs et taprooms : faire de la brasserie un lieu de vie

En Belgique, la dégustation chez le producteur prolonge une culture déjà bien ancrée des cafés et des visites de brasseries. La taproom est le bar où le brasseur sert ses bières directement au public ; le brewpub réunit sur place le brassage et un établissement de consommation, souvent avec de la restauration. Ces lieux permettent de découvrir les recettes, de rencontrer les équipes et de repartir avec quelques bouteilles.

À Bruxelles, Brussels Beer Project développe cette approche avec Dansaert et Port Sud : taprooms, visites, dégustations et événements privés composent une offre autour de la bière. La Brasserie de la Senne accueille le public au Zennebar, à côté de son activité de production et de sa boutique. La Brasserie Surréaliste pousse plus loin le mélange des usages en associant brasserie, restaurant, art et musique dans un ancien bâtiment Art déco du quartier Dansaert.

En Wallonie, la Brasserie de la Lesse, à Éprave, près de Rochefort, combine magasin, bar-terrasse, restaurant et visites. En Flandre, Hof ten Dormaal, à Tildonk, accueille les visiteurs dans un café de ferme et un espace de dégustation. L’accueil prend ainsi des formes très différentes : lieu de sortie urbain, halte touristique ou rendez-vous local chez le producteur.

Pour une brasserie, le service au verre ouvre un débouché direct et permet de recueillir rapidement les réactions à une recette. Les visites, les repas et les événements apportent d’autres revenus et donnent des raisons de revenir. Cette activité mobilise aussi un métier d’accueil, une équipe et une programmation : son équilibre se construit autant autour de la fréquentation du lieu que de la qualité des bières.

Flandre, Wallonie, Bruxelles : plusieurs visages de la bière belge

En Flandre, Louvain accueille le siège d’AB InBev et la tradition Artois. Puurs-Sint-Amands est le berceau de Duvel ; Audenarde et Anvers accueillent respectivement Liefmans et De Koninck. La région réunit ainsi pils de grande diffusion, blondes fortes et bières de fermentation ou de maturation plus singulières.

En Wallonie, Jupille, près de Liège, rappelle le poids des grandes pils, tandis que Chimay incarne le brassage trappiste. Achouffe, dans la commune de Houffalize, appartient au groupe Duvel Moortgat. Les oppositions entre « industriel flamand » et « artisanal wallon » résistent donc mal à la diversité réelle des producteurs.

À Bruxelles, Cantillon et la Brasserie de la Senne montrent deux expressions très différentes : assemblages de lambics pour la première, bières notamment sèches et houblonnées pour la seconde. Ces deux maisons illustrent la diversité des styles brassés dans la capitale.

Cinq bières pour comprendre cette diversité

Une grande pils, une blonde forte, une trappiste, une gueuze et une blonde houblonnée : cinq repères pour relier les entreprises aux bières que l’on trouve dans les verres.

Jupiler : visuel officiel du conditionnement

Jupiler : la pils de grande diffusion

Marque d’AB InBev liée à Jupille, Jupiler rappelle une réalité parfois éclipsée par les trappistes et les triples : la bière belge comprend aussi de grandes marques de consommation courante. Elle permet d’aborder le poids du réseau commercial, du fût et des cafés dans le modèle brassicole.

Portefeuille officiel AB InBev
Duvel, bouteille et verre : visuel officiel

Duvel

Blonde forte · 8,5 %

Sa refermentation en bouteille et son profil sec et légèrement fruité en font un repère parmi les blondes fortes. Elle est la marque fondatrice d’un groupe familial devenu international.

Fiche du brasseur · crédit photo
Chimay Bleue Grande Réserve, bouteille de 75 cl : visuel officiel

Chimay Bleue

Brune trappiste · 9 %

Cette bière sombre associe notamment des notes fruitées, épicées et chocolatées. Elle illustre la place du brassage trappiste dans la réputation belge, avec un ancrage à Scourmont.

Fiche du brasseur · crédit photo
Cantillon Gueuze, visuel produit officiel

Cantillon Gueuze

Assemblage de lambics · 5,5 %

Des lambics d’âges différents sont assemblés avant une seconde fermentation en bouteille. Son acidité et ses notes boisées donnent un aperçu des saveurs issues du lambic.

Fiche du brasseur · crédit photo
Taras Boulba, visuel produit officiel

Taras Boulba

Blonde houblonnée · 4,5 %

La Brasserie de la Senne propose ici une bière sèche, amère et aromatique. Un exemple bruxellois qui élargit le paysage belge au-delà des seules recettes fortes ou monastiques.

Fiche du brasseur · crédit photo

Pour aller plus loin : comprendre les bières acidulées et la place des lagers.

Quelles perspectives pour la bière belge ?

La croissance du sans-alcool et du faiblement alcoolisé attire logiquement l’attention des brasseurs. Ces produits ouvrent des occasions de consommation supplémentaires et permettent à certaines marques d’élargir leur offre. Leur progression part cependant d’une part encore minoritaire du marché.

Les bières fruitées ouvrent une autre voie. Le succès de Kasteel Rouge montre l’intérêt commercial de recettes qui se rapprochent, dans leurs usages, de l’apéritif ou des boissons fruitées. À l’autre extrémité, des brasseurs développent des bières moins alcoolisées et resserrent leurs gammes autour de références bien identifiées.

Le modèle du café conserve lui aussi un rôle économique majeur. Chez Co.Br.Ha., le patrimoine comprend fin 2025 des centaines d’établissements possédés ou pris en location principale en Belgique, aux Pays-Bas et en France. Pour certains brasseurs, le réseau de distribution s’appuie donc aussi sur des liens immobiliers durables avec l’horeca.

Pour un amateur, l’offre belge devient plus large : une pils, une bière de dégustation, une gueuze et une référence sans alcool répondent à des envies différentes. Pour un producteur, la question est de trouver une place claire dans cet ensemble, avec un prix, une distribution et une recette adaptés.

La notoriété internationale reste un atout. Les trajectoires de Kasteel, Duvel Moortgat et Haacht montrent toutefois combien la recette, le réseau commercial et la maîtrise des coûts changent les résultats. La solidité du secteur se jouera aussi dans les cafés, chez les distributeurs et dans les nouveaux usages. Nos dossiers sur les bières sans alcool et la diversification des grands brasseurs prolongent cette analyse.

Trois évolutions possibles pour les prochaines années

Ces scénarios sont des hypothèses d’analyse Pinteo, pas des prévisions chiffrées. Ils peuvent se combiner selon les entreprises et les catégories de bières.

Une stabilisation progressive

La baisse intérieure ralentit, certains marchés d’exportation se redressent et les nouvelles gammes fidélisent leur public. Les signaux à suivre sont les volumes par circuit, les commandes étrangères et la progression durable des nouvelles références.

Un marché plus petit, des entreprises plus rentables

Les volumes restent sous pression, mais certaines maisons améliorent leurs résultats grâce au choix des références, à la distribution et aux économies. Il faut alors comparer les marges récurrentes, les coûts et le bénéfice net, sans confondre amélioration de gestion et reprise de la consommation.

Une contraction prolongée

Les nouveaux débouchés ne compensent pas les pertes et la pression commerciale persiste. Les fermetures, les capacités de production moins utilisées et les difficultés des cafés deviennent des indicateurs à surveiller.

Méthode et limites de l’étude

Périodes et unités. Le dossier décrit principalement 2025, avec un éclairage sur les résultats semestriels 2026 de Haacht. Les scénarios finaux sont des hypothèses éditoriales, sans prévision chiffrée. Le détail des provenances des importations porte sur 2024. Un hectolitre vaut 100 litres. Les valeurs sont arrondies pour la lecture ; les séries annuelles sont accessibles sous les courbes.

Calcul par habitant : données et précautions

Comparaison par habitant. Le graphique applique le même calcul aux cinq pays : volume de consommation 2025 du rapport European Beer Trends 2026, converti en litres, divisé par la population totale Eurostat au 1er janvier 2025 (demo_pjan, tous âges, deux sexes). Les volumes utilisés, en milliers d’hectolitres, sont 6 195 pour la Belgique, 22 100 pour la France, 70 365 pour l’Allemagne, 10 591 pour les Pays-Bas et 14 282 pour la Tchéquie. Les populations sont respectivement 11 883 495, 68 882 600, 83 577 140, 18 044 027 et 10 909 500. Il s’agit de volumes de marché rapportés à la population, y compris les mineurs, et non d’une enquête sur les quantités bues par les seuls résidents. Le tourisme et les achats transfrontaliers peuvent intervenir. Un calcul identique ne garantit pas des périmètres nationaux parfaitement harmonisés. Ce ratio diffère des indicateurs par habitant publiés directement par les fédérations, dont les conventions ne sont pas uniformes.

Commerce extérieur. Les exportations suivent la série révisée du rapport 2025 : 15,151 millions d’hectolitres en 2024 puis 14,425 en 2025. Le total importé de 2025 (0,936 million d’hectolitres) vient de Brewers of Europe. Le classement des fournisseurs utilise séparément les importations belges de bières de malt de WITS / UN Comtrade, code SH 220300, en 2024 : il n’inclut pas toutes les boissons sans alcool. Les flux ne permettent pas d’attribuer les volumes aux marques ni aux styles. Production, consommation et commerce extérieur proviennent de statistiques aux périmètres distincts ; ils ne forment pas ici un bilan matière réconcilié.

Brasseries et entreprises. Le décompte des sites reprend la série des fédérations. Il ne se confond ni avec le nombre de marques ni avec celui des entreprises brassicoles. Les exemples régionaux sont qualitatifs ; ils ne permettent pas de classer les régions par consommation.

Résultats des entreprises. Duvel Moortgat est présenté à l’échelle de son groupe mondial. Les comptes Co.Br.Ha. regroupent plusieurs activités, notamment les boissons et l’immobilier. Le cas Vanhonsebrouck s’appuie sur l’analyse de Trends / Trends Business Information et les déclarations de son dirigeant qui y sont reproduites. Chiffre d’affaires, volumes, résultat net et EBITDA sont des indicateurs différents. Les exemples ne constituent pas un échantillon représentatif de toutes les brasseries.

Illustrations. Les bières forment une sélection éditoriale, sans classement de ventes. Visuels : Jupiler / AB InBev, Duvel, Chimay, Cantillon et Brasserie de la Senne. Pour Taras Boulba, l’illustration est le visuel graphique officiel de la bière.

Pour consulter les données

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