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Sans-alcool, sodas, cocktails : comment les géants de la bière élargissent leur marché

Sans-alcool, cocktails prêts à boire et sodas : AB InBev, Heineken et Carlsberg élargissent leurs portefeuilles. Résultats, acquisitions et exemples français pour comprendre leurs stratégies.

Pinteo Explique

Une Heineken 0.0, un cocktail Cutwater en canette, un sirop Teisseire : trois produits très différents, issus de trois groupes brassicoles. AB InBev, Heineken et Carlsberg cherchent désormais à accompagner davantage de moments de consommation. Leurs stratégies ne se ressemblent pourtant pas.

L’essentiel

  • La bière reste au cœur des trois groupes, mais leurs nouvelles occasions de consommation passent aussi par le 0,0 %, les boissons fruitées et les cocktails prêts à boire.
  • AB InBev développe à la fois les déclinaisons sans alcool de ses bières et les cocktails prêts à boire, notamment avec Cutwater.
  • Heineken : le sans-alcool accompagne la croissance de ses marques ; France Boissons lui donne aussi une activité de distribution multiboisson en France.
  • Carlsberg : après Britvic, les soft drinks représentent 30 % des volumes du groupe en 2025. Teisseire fait désormais partie de ce portefeuille.
  • Les brasseurs français se diversifient aussi : Ninkasi associe déjà bière et whisky. La taille des réseaux commerciaux distingue notamment leurs moyens de déploiement.

Les géants de la bière sont-ils encore seulement des brasseurs ? La question se pose moins devant leurs cuves que devant leur catalogue. Une même entreprise peut produire de la bière, posséder une marque de sirop, embouteiller un soda sous licence et livrer les boissons d’autres fabricants. Ces activités dessinent trois façons d’élargir son marché : faire évoluer la bière, entrer dans de nouvelles catégories et utiliser son réseau commercial pour vendre davantage de produits.

Le mouvement ne date pas de 2026. Heineken a acquis France Boissons en 1987 et Cutwater a rejoint AB InBev en 2019. L’arrivée de Britvic chez Carlsberg en 2025 marque une nouvelle étape par son ampleur. Les derniers résultats permettent de suivre ce que deviennent ces choix.

Ce qui progresse : distinguer les litres vendus du chiffre d’affaires

Les résultats publiés fin octobre montrent d’abord que la bière n’a pas disparu des moteurs de croissance. Chez Heineken, les volumes premium gagnent 11,5 % au troisième trimestre et ceux des marques mondiales 9,9 %. Chez AB InBev, les volumes de bière reculent de seulement 0,1 %, tandis que les volumes hors bière avancent de 4 %. Carlsberg affiche un contraste plus marqué entre ses catégories : +9 % en volume pour les soft drinks, +11 % pour les boissons brassées sans alcool et −3 % pour la bière premium.

Au troisième trimestre 2026, le chiffre d’affaires progresse plus vite que les volumes

Croissance organique mondiale — T3 2026 par rapport au T3 2025.

Au troisième trimestre 2026, le chiffre d’affaires progresse plus vite que les volumes0 %1 %2 %3 %4 %5 %AB InBev+0,4 %+4,9 %Heineken+3,9 %+4,6 %Carlsberg+0,3 %+3,0 %
Volumes consolidésChiffre d’affaires*
Sources : communiqués trimestriels des groupes. * Revenu net ajusté BEIA pour Heineken. Les conventions de consolidation sont précisées dans la méthode.
Consulter les valeurs
IndicateurVolumes consolidésChiffre d’affaires*
AB InBev+0,4 %+4,9 %
Heineken+3,9 %+4,6 %
Carlsberg+0,3 %+3,0 %

Un chiffre d’affaires qui progresse plus vite que les litres vendus traduit notamment les effets du prix et du mélange de produits commercialisés. Les résultats montrent des catégories dynamiques, mais leur rythme de croissance ne suffit pas à mesurer leur contribution au total : leur poids dans le portefeuille compte tout autant.

AB InBev — résultats du troisième trimestre 2026, communiqué de l’émetteur diffusé par Business Wire · Heineken — résultats du troisième trimestre 2026 · Carlsberg — résultats du troisième trimestre 2026

AB InBev : prolonger ses grandes marques et développer les cocktails en canette

AB InBev avance sur deux terrains. Le premier reste brassicole : proposer une version sans alcool d’une marque déjà connue. Corona Cero, présente dans le catalogue français, reprend cet univers avec une référence à 0,0 %. Pour l’amateur, le point d’entrée est familier ; pour le groupe, la marque peut accompagner un moment où l’on choisit de ne pas boire d’alcool.

Le second terrain est celui du Beyond Beer, le nom donné à un ensemble de boissons allant des cocktails prêts à boire aux boissons aromatisées. Cutwater, entré dans le portefeuille en 2019, illustre cette logique américaine : une margarita ou un autre cocktail peut être vendu déjà préparé, en canette. AB InBev a aussi développé des marques comme Brutal Fruit et BEATS selon les marchés.

Produits du portefeuille Beyond Beer d’AB InBev : Mike’s, Cutwater, Brutal Fruit et BEATS.
Mike’s, Cutwater, Brutal Fruit et BEATS dans le portefeuille international Beyond Beer. Visuel officiel AB InBev, 2024.

Au T3 2026, le chiffre d’affaires du sans-alcool brassicole progresse de 35 % et celui de Beyond Beer de 19 %. L’autre atout est la distribution numérique : BEES Marketplace permet de commercialiser des produits de tiers auprès des professionnels. Le groupe annonce 1,4 milliard de dollars de valeur de marchandises échangées sur ce périmètre au trimestre. Cette activité ajoute une dimension commerciale à la fabrication de boissons.

AB InBev — résultats du troisième trimestre 2026, communiqué de l’émetteur diffusé par Business Wire · AB InBev — présentation du portefeuille Beyond Beer, avril 2024 · AB InBev France — bières commercialisées, dont Corona Cero

Heineken : étendre l’univers de la bière, puis s’appuyer sur la distribution

Avec Heineken 0.0, le groupe conserve le goût de la bière et la reconnaissance d’une marque mondiale tout en faisant évoluer les usages. En France, Desperados Virgin Mojito pousse une autre porte : une bière sans alcool aromatisée à la menthe et au citron vert, avec des codes proches du cocktail. Le nom de la recette compte ici autant que le style brassicole.

Au troisième trimestre 2026, Heineken annonce une croissance à deux chiffres du faible et sans alcool. Les volumes Beyond Beer progressent également, soutenus notamment par les innovations Desperados.

Le groupe explore également les boissons déjà préparées. Son communiqué d’octobre annonce un accord pour une participation majoritaire dans Stëlz, sous réserve des autorisations nécessaires. La société néerlandaise vend notamment des hard seltzers, des limonades alcoolisées et des cocktails prémélangés. Cette opération s’ajoute aux innovations internes, plutôt que de les remplacer.

En France, Heineken dispose avec France Boissons d’une activité qui dépasse largement ses propres marques de bière. Son catalogue couvre la bière, mais aussi les eaux, le vin, les softs, le café et les spiritueux. Le groupe peut ainsi être présent sur une grande partie de la carte d’un café ou d’un restaurant, y compris avec des marques qu’il ne possède pas.

Heineken — résultats du troisième trimestre 2026 · ACM — projet de prise de contrôle exclusif de Stëlz, septembre 2026 · Heineken France — Desperados, dont Virgin Mojito · Heineken — Heineken 0.0 en France · Heineken France — distribution par France Boissons

Carlsberg : Britvic a fait changer la taille du portefeuille

Chez Carlsberg, le changement est particulièrement visible. L’acquisition de Britvic, finalisée en janvier 2025, a rapproché les activités de bière et de boissons rafraîchissantes. Cette opération a fortement accru le poids des soft drinks dans les volumes du groupe. Carlsberg travaillait déjà dans cette catégorie ; Britvic lui a donné une autre dimension.

Au Royaume-Uni, Carlsberg Britvic réunit des marques détenues, comme Robinsons ou Tango, et des boissons fabriquées et commercialisées dans le cadre d’accords avec PepsiCo, notamment Pepsi MAX et 7UP. En France, cette acquisition a aussi fait entrer Teisseire dans le groupe, aux côtés des activités brassicoles de Kronenbourg. Un sirop et une bière peuvent ainsi relever du même propriétaire sans partager une recette, un emballage ou un rayon.

Carlsberg en 2025 : grandir par acquisition change la lecture

Année 2025 par rapport à 2024 — deux indicateurs, deux mesures de croissance.

Carlsberg en 2025 : grandir par acquisition change la lecture0 %5 %10 %15 %20 %Volumes+17,7 %-2,0 %Chiffre d’affaires+18,8 %-0,6 %
PubliéOrganique
Source : Carlsberg, résultats annuels 2025. La croissance publiée comprend les effets de périmètre et de change. L’intégration de Britvic joue un rôle majeur ; l’écart ne mesure pas à lui seul sa contribution.
Consulter les valeurs
IndicateurPubliéOrganique
Volumes+17,7 %-2,0 %
Chiffre d’affaires+18,8 %-0,6 %
Bidon de sirop de grenadine Teisseire, marque intégrée au groupe Carlsberg via Britvic.
Teisseire : une marque de sirop entrée dans le groupe Carlsberg avec Britvic. Visuel : Teisseire.

Le graphique montre la différence entre l’agrandissement du groupe et l’évolution de son activité à périmètre comparable. La croissance publiée de 2025 intègre l’arrivée de Britvic. Au troisième trimestre 2026, Carlsberg annonce également une progression de ses volumes Beyond Beer de 3 %.

Carlsberg — acquisition de Britvic · Carlsberg — répartition des volumes et accords d’embouteillage · Carlsberg Britvic — portefeuille au Royaume-Uni · Teisseire — histoire et rattachement à Carlsberg · Carlsberg — résultats annuels 2025 · Carlsberg — résultats du troisième trimestre 2026

Posséder une marque, l’embouteiller ou la distribuer : trois métiers

Une marque détenue

Carlsberg → Britvic → Teisseire
Le groupe possède une activité et son portefeuille de marques.

Une marque sous licence

PepsiCo → accord avec Carlsberg Britvic au Royaume-Uni
Le partenaire fabrique et commercialise des boissons dans un territoire défini.

Une marque distribuée

Fabricant tiers → France Boissons → café ou restaurant
Le distributeur livre un produit qui peut appartenir à une autre entreprise.

Ces relations expliquent pourquoi les mêmes noms peuvent apparaître sur un catalogue professionnel sans avoir le même propriétaire. Elles expliquent aussi les différences entre pays : un accord d’embouteillage au Royaume-Uni ne définit pas la distribution française de la marque.

Carlsberg Britvic — portefeuille au Royaume-Uni · Heineken France — distribution par France Boissons

Ce que l’on trouve déjà en France

La diversification ne se limite pas aux annonces internationales. Elle se voit dans des produits familiers, en grande distribution comme dans les cafés et restaurants.

Bouteille de Corona Cero 0,0 %, produit du catalogue AB InBev France.
Corona Cero : une déclinaison sans alcool d’une marque de bière. Visuel : AB InBev France.
Bouteille de Desperados Virgin Mojito 0,0 %, menthe et citron vert.
Desperados Virgin Mojito : une bière sans alcool aux codes du cocktail. Visuel : Heineken France.
GroupeExemples présents dans l’offre françaiseCe qu’ils illustrent
AB InBevCorona Cero ; Leffe Blonde 0.0Décliner des marques brassicoles en version sans alcool.
HeinekenHeineken 0.0 ; Desperados Virgin MojitoAssocier le 0,0 % à des univers de bière et de cocktail.
CarlsbergTourtel Twist Sans Sucres ; Teisseire ; Moulin de Valdonne ; PressadeFaire cohabiter boissons à base de bière, sirops et boissons aux fruits.

Tourtel Twist Sans Sucres, lancé en 2026, combine ainsi une base de bière, des saveurs fruitées et l’absence d’alcool. Le portefeuille français de Teisseire couvre, lui, des usages qui vont du sirop domestique aux mixers de bar avec London Essence. On retrouve les mêmes moments — pause, repas, apéritif — mais des produits différents pour y répondre.

AB InBev France — bières commercialisées, dont Corona Cero · Heineken France — Desperados, dont Virgin Mojito · Heineken — Heineken 0.0 en France · Kronenbourg — lancement de Tourtel Twist Sans Sucres en 2026 · Teisseire — marques commercialisées en France

Pourquoi les stratégies changent d’un pays à l’autre

Les groupes partent de marques et de réseaux différents. Aux États-Unis, AB InBev s’appuie sur Cutwater pour vendre des cocktails préparés. Au Royaume-Uni, Carlsberg a choisi une acquisition capable de réunir bière et softs à grande échelle. En France, Heineken dispose déjà d’un réseau de distribution qui livre bien davantage que ses propres bières.

Notre lecture est que la diversification suit autant les points forts de chaque entreprise que les préférences des consommateurs. Une recette peut voyager ; un contrat d’embouteillage, une usine et une tournée de livraison restent liés à un territoire. C’est pourquoi une innovation annoncée dans un pays ne devient pas automatiquement une référence du catalogue français.

Ce que cela change pour les amateurs et les brasseurs français

Des marques familières, mais de nouveaux produits

Une Heineken 0.0 prolonge une marque de bière avec une référence sans alcool. Desperados Virgin Mojito y ajoute les codes aromatiques du cocktail. Teisseire, de son côté, reste une marque de sirop, même après son entrée dans un groupe brassicole. Pour l’amateur, le changement se voit donc dans les produits proposés : une alternative à une bière habituelle, une nouvelle saveur ou une autre catégorie de boisson.

Il faut regarder la recette autant que le nom sur la bouteille. Ces références ne promettent pas la même expérience de dégustation, même lorsqu’elles viennent du même groupe. Notre guide des bières sans alcool aide à comprendre ces différences.

Pour les brasseurs, la distribution fait partie de la concurrence

La force des grands groupes tient aussi aux relations commerciales déjà établies. France Boissons livre plusieurs familles de boissons aux cafés, hôtels et restaurants ; Carlsberg Britvic réunit bière et softs dans son activité britannique. Leur diversification peut ainsi s’appuyer sur des équipes commerciales et des réseaux logistiques existants.

Pour un brasseur français qui lance une nouvelle référence, la question est donc aussi celle de sa présence sur une carte, dans un rayon ou chez un distributeur. C’est l’un des enjeux que fait ressortir ce rapprochement des portefeuilles : la concurrence ne porte pas seulement sur ce que l’on produit, mais aussi sur les moyens de le faire connaître et de le livrer.

Les initiatives existent aussi chez les brasseurs français

Les grands groupes ne sont pas les seuls à élargir leur activité. Ninkasi commercialise des bières et des whiskies : le même acteur peut développer plusieurs savoir-faire et s’adresser à différents moments de dégustation.

Le sans-alcool mobilise également des brasseurs de profils variés. Dans son enquête de janvier 2026, Brasseurs de France indique que 40 % des répondants en produisent déjà, régulièrement ou ponctuellement, et que 30 % déclarent un projet. Ces résultats portent sur les répondants à l’enquête, sans isoler les seules brasseries indépendantes.

Ces exemples montrent que la diversification se développe à plusieurs échelles. Les grandes acquisitions changent la taille des portefeuilles ; les lancements de produits et les investissements des brasseurs français font aussi évoluer l’offre. Les habitudes de commande dans les bars et les choix de communication des brasseries indépendantes complètent cette lecture.

Ninkasi — bières et whiskies du catalogue français · Brasseurs de France — enquête de janvier 2026 sur le sans-alcool · Heineken France — distribution par France Boissons · Carlsberg Britvic — portefeuille au Royaume-Uni

La diversification dépasse le seul ajout d’une recette : elle transforme à la fois les produits proposés et les moyens de les commercialiser. Les grands groupes et les brasseurs français y participent avec des ressources et des réseaux différents.

Méthode et limites

Période. Les chiffres trimestriels portent sur juillet–septembre 2026 par rapport au même trimestre de 2025, au niveau mondial. Les données annuelles 2025 servent à expliquer l’effet de l’intégration de Britvic ; elles ne sont pas mélangées à la période trimestrielle.

Mesures. Le premier graphique distingue volumes consolidés et recettes. Pour Heineken, il utilise la croissance des volumes consolidés de 3,9 %, et non celle du volume total incluant les licences, de 4,8 %. Les recettes correspondent à l’indicateur publié par chaque groupe : revenu pour AB InBev et Carlsberg, revenu net ajusté BEIA pour Heineken. Ces conventions restent propres à chaque entreprise ; le graphique compare des rythmes, pas des tailles de marché.

Organique et publié. L’organique écarte les effets de change et de périmètre selon les conventions des groupes. L’évolution publiée inclut ces effets. L’écart de Carlsberg en 2025 ne constitue donc pas une estimation isolée de l’effet Britvic. La perte de la licence San Miguel au Royaume-Uni affecte également la lecture : hors San Miguel, Carlsberg annonce une croissance organique des recettes de 1,1 %.

Catégories. Le sans-alcool brassicole, les soft drinks et Beyond Beer ne forment pas une nomenclature commune aux trois entreprises. Le −3 % de Carlsberg concerne la bière premium, pas l’ensemble de ses bières. Les +35 % et +19 % d’AB InBev mesurent des recettes, tandis que les +9 %, +11 % et +3 % de Carlsberg mesurent des volumes. Le communiqué Heineken donne des ordres de grandeur pour le sans-alcool et Beyond Beer ; aucun taux précis n’en a été déduit. BEES Marketplace est mesuré en valeur de marchandises échangées (GMV), qui ne correspond pas au chiffre d’affaires consolidé d’AB InBev.

Produits et opérations. Les exemples français sont tirés des catalogues et annonces des marques, sans garantie de stock dans chaque magasin. Les résultats de l’enquête Brasseurs de France concernent ses répondants ; aucun pourcentage n’est attribué à l’ensemble des indépendants français. Cutwater illustre le marché américain. Le projet Stëlz est présenté au stade annoncé dans le communiqué du 28 octobre, sous réserve des autorisations. Les implications pour les amateurs et les indépendants sont l’analyse de Pinteo.

Documents et pages consultés
Rédaction, tableaux et graphiques : Pinteo. Visuels produits : AB InBev, Heineken France et Teisseire, utilisés pour identifier les références citées. Données consultées le 30 octobre 2026. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé ; à consommer avec modération.

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