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Est-ce que la lager est de retour ?

Les lagers artisanales progressent aux États-Unis. En France, des signes apparaissent : chiffres, histoire et recettes de brasseries à découvrir.

Pinteo Explique

Une pils aux ingrédients français, une lager qui passe de la pression à la canette, des recettes au riz ou plus houblonnées : les bières de fermentation basse trouvent de nouvelles expressions dans les gammes artisanales. Les ventes américaines donnent un signal de croissance. En France, quelques indices se précisent, sans permettre encore de parler d’une tendance nationale.

Les Français connaissent déjà la lager

Pour beaucoup de Français, la découverte de la bière s’est faite avec une blonde de type pils. Le poids historique de ces recettes aide à comprendre cette familiarité : un avis du Conseil de la concurrence publié en 2004 indique qu’en 2000, les bières dites « de luxe » représentaient près de 60 % des volumes vendus en France. Cette ancienne catégorie commerciale désignait les blondes traditionnelles de type pils. Dans la consommation hors domicile, elles pesaient également 60 % des volumes en 1999, selon l’étude Gira citée dans le même document.

Ces chiffres décrivent le marché d’alors, pas celui de 2026. Ils montrent néanmoins que les pils formaient une référence majoritaire avant le développement récent des gammes artisanales. Parler d’un « retour » concerne donc surtout leur place dans ces gammes et l’attention qu’on leur porte.

Blonde et lager ne sont pas synonymes. La couleur ne dit pas quelle fermentation a été employée. La famille des lagers comprend aussi des bières ambrées ou sombres ; une bière blonde peut être de fermentation haute. Notre guide des styles de bière aide à distinguer ces familles.

Des ventes en hausse aux États-Unis

Selon le bilan publié par la Brewers Association, les pale lagers artisanales progressent de 8,9 % en volume en 2025 dans les ventes NielsenIQ hors bars et restaurants qu’elle suit. Les IPA reculent de 3,1 % dans ce même périmètre. Les lagers claires constituent le groupe de styles affichant la plus forte croissance parmi les bières craft étudiées. Ce résultat ne signifie pas qu’elles dépassent les IPA en taille de marché.

Au Royaume-Uni, l’évolution se voit dans les choix des producteurs. Les enquêtes SIBA indiquent que 56 % des brasseries indépendantes interrogées produisent une lager dans le rapport 2024, puis 60 % dans celui de 2025. Il s’agit de présence dans les gammes, et non d’une mesure des ventes.

En France, un signal dans les établissements

Un panel récent apporte un premier indice français. Dans son analyse des ventes en établissements, Fyre indique que la catégorie Pilsner & Other Lagers gagne 0,7 point de part de chiffre d’affaires, pour atteindre 32 % du revenu Beer & Cider dans les établissements suivis. L’analyse compare les périodes du 19 janvier au 20 juillet 2026 et du 20 janvier au 21 juillet 2025, sur un panel comparable de 1 207 établissements et 3 248 748 transactions.

Ce résultat mesure une part de chiffre d’affaires dans ce panel : il ne démontre ni une hausse des litres vendus, ni une progression spécifique aux lagers artisanales. L’échantillon Fyre ne représente pas l’ensemble du marché français. C’est un signe supplémentaire à suivre.

Des lagers à découvrir chez les brasseries présentes sur Pinteo

À Mérignac, la Brasserie Effet Papillon propose une Pils Française à 4,5 %, auparavant appelée Bonjour Lager. Le changement de nom met en avant les matières premières agricoles biologiques cultivées en France. La recette de fermentation basse appartient à sa gamme permanente.

À Chabeuil, la Brasserie de la Pleine Lune offre un autre exemple. Sa Tropical Lager Gens de la Lune fêtait ses dix ans en 2025. Pour l’occasion, la brasserie présentait Géant de la Lune, une Double Tropical Lager à 8,5 %. Ces recettes rappellent que la fermentation basse peut porter un profil aromatique expressif, et que certains producteurs la travaillent depuis longtemps.

En Savoie, Yukina, élaborée par la Microbrasserie Les Funambules avec Autour du Riz, explore une autre recette : une lager à 5 % utilisant des brisures de tagliatelles de riz, du malt d’orge français et du houblon alsacien. Le riz permet ici de valoriser une matière première issue de la transformation alimentaire.

Yukina, lager au riz des Funambules et Autour du Riz
Yukina, une lager au riz élaborée avec Les Funambules. Photo : Autour du Riz.

À Nantes, Little Atlantique Brewery raconte comment Winch est passée de la pression à la canette : après avoir testé la recette et rencontré un succès dans les bars, la brasserie l’a proposée à emporter. Aucun volume n’est publié, mais ce témoignage montre comment une lager peut passer d’un essai à une référence durable.

Canette Winch, lager de Little Atlantique Brewery
Winch, proposée à la pression puis en canette. Photo : Quentin Drouvin / Little Atlantique Brewery.

La lager revient-elle sous d’autres formes ?

Les exemples français suggèrent plusieurs chemins : une pils valorisant ses ingrédients, une lager au riz, une recette tropicale ou une bière de soif développée à la pression. Ce renouvellement se retrouve dans le guide des styles 2026 de la Brewers Association. L’organisation explique que l’ajout de Rice Lager prolonge ses ajouts récents autour des West Coast Pilsners, Italian Pilsners et lagers tchèques ou mexicaines. La reconnaissance de ces familles témoigne de leur place dans le travail des brasseurs, sans mesurer à elle seule leurs ventes.

Il peut aussi s’agir d’un intérêt renouvelé pour les méthodes traditionnelles. À Toronto, Godspeed décrit pour sa Silný Ležák 17 un brassage par décoction et une garde à froid de huit semaines. Une bière de fermentation basse devient alors l’occasion de raconter le temps et les gestes consacrés à sa fabrication.

Les ventes américaines, les gammes britanniques et les exemples français convergent vers un regain d’attention pour certaines lagers artisanales. La France dispose aussi d’un indice dans un panel d’établissements, mais pas d’une série nationale permettant d’en mesurer l’ampleur. Notre article sur le GABF 2026 présente notamment la reconnaissance des lagers au riz.

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