L’essentiel
- L’eau sert au brassage, mais aussi au nettoyage, au refroidissement et au conditionnement.
- Canicule et sécheresse demandent deux préparations : maîtriser le froid et sécuriser l’approvisionnement.
- Kronenbourg et la Brasserie du Pays basque illustrent la réduction des usages et le recyclage.
- Les investissements se choisissent à partir des volumes économisés, des coûts d’exploitation et des aides disponibles.
Quand les températures grimpent, une brasserie doit continuer à refroidir le moût, maintenir ses fermentations et nettoyer ses équipements. Lorsque la ressource se raréfie, elle doit aussi vérifier combien d’eau elle peut prélever. La gestion de l’eau devient alors une question de continuité de production autant que de facture.
D’où vient l’eau des brasseries : réseau public, nappes et captages
L’« eau communale » désigne généralement l’eau distribuée par le réseau public. Elle peut provenir d’une nappe, d’une source, d’une rivière ou d’une retenue, puis être traitée avant sa distribution. Réseau public et eau souterraine décrivent donc deux choses différentes : le mode d’approvisionnement et l’origine de la ressource. Source : Eaufrance.
Le réseau public. La brasserie reçoit une eau déjà potabilisée et bénéficie du contrôle sanitaire de la distribution. Pour connaître sa provenance, elle peut consulter la synthèse annuelle jointe à la facture et interroger le service d’eau sur les captages qui alimentent son secteur. Ces renseignements sont utiles pour comprendre les variations de qualité ou les changements d’approvisionnement.
Un forage ou un captage propre. La brasserie prélève directement dans la ressource et organise son traitement et son suivi. L’investissement couvre aussi les équipements de pompage, leur entretien et les contrôles. Eaufrance rappelle que les nappes peuvent subir des pollutions nécessitant un traitement de potabilisation. La profondeur du prélèvement ne suffit donc pas à décrire la qualité de l’eau. Source : Eaufrance.
Les eaux de surface. Rivières, lacs et retenues alimentent également les réseaux et certaines installations industrielles. Leur température, leur composition et leur disponibilité évoluent avec les saisons et les pluies. Le traitement doit tenir compte de ces variations, comme l’explique la revue technique du Journal of the Institute of Brewing sur les ressources utilisées en brasserie. Source : Eumann et Schildbach, 2012.
Kronenbourg : la nappe rhénane. L’entreprise précise que l’eau de brassage est puisée dans cette nappe à environ deux kilomètres de son site d’Obernai. Elle suit aussi sa composition minérale dans le travail de ses maîtres brasseurs. Source : Kronenbourg.
Au Pays basque, plusieurs ressources alimentent le territoire. La Communauté Pays Basque indique qu’un peu plus de la moitié de son eau potable provient de ressources souterraines issues de 127 sources naturelles ; l’approvisionnement est complété par 11 prélèvements en surface. Ces données décrivent le réseau du territoire. L’origine précise de l’eau livrée à la Brasserie du Pays basque reste à documenter. Source : Communauté Pays Basque.
Pourquoi un forage reste sensible à la sécheresse
La recharge des nappes se fait principalement de l’automne au début du printemps. En été, l’évaporation et les besoins de la végétation limitent l’infiltration ; les niveaux baissent généralement jusqu’à l’automne. Selon les terrains, une nappe réagit en quelques semaines ou évolue beaucoup plus lentement. Pour une brasserie, suivre la recharge hivernale aide donc à préparer la production estivale. Source : BRGM.
Une alimentation de secours doit aussi être étudiée à l’échelle de la ressource : un forage et un réseau public peuvent dépendre de la même nappe. Le plan eau de la brasserie gagne à identifier les captages mobilisés, les débits disponibles, les possibilités de secours et les restrictions applicables. La Brewers Association intègre justement la quantité disponible, la qualité du bassin et les infrastructures municipales à son évaluation des risques. Source : Brewers Association.
Pourquoi un litre de bière demande plus d’un litre d’eau
L’eau incorporée à la bière n’est qu’une partie des besoins du site. S’y ajoutent notamment les rinçages, le nettoyage en place des cuves et circuits — souvent appelé CIP —, les laveuses de fûts ou de bouteilles et les utilités. La Brewers Association consacre un guide technique à ces usages et à leurs rejets. [1]
Pour suivre ses progrès, une brasserie peut rapporter le volume d’eau entrant sur le site au volume de bière conditionnée sur la même période. Un ratio de 5 litres par litre signifie que 100 000 litres de bière correspondent à 500 000 litres d’eau entrante. Il faut préciser si le chiffre englobe les autres boissons, le restaurant, les sanitaires ou une activité de lavage pour des tiers.
Cet indicateur ne représente pas l’empreinte hydrique complète de la bière, qui inclurait notamment les matières premières agricoles. Il ne faut pas non plus confondre prélèvement et consommation nette : une partie de l’eau prélevée est restituée après traitement. Le SDES distingue ces notions dans son bilan de la ressource française. [2]
Canicule et sécheresse : deux contraintes qui peuvent se cumuler
La canicule concerne les fortes températures ; la sécheresse traduit un manque d’eau qui s’installe dans la durée. Le bilan national du SDES souligne le décalage estival entre une ressource moins disponible et des besoins importants. Une bonne disponibilité annuelle ne garantit donc pas l’absence de tension locale en été. [2]
Au brassage, une eau d’alimentation plus chaude réduit l’écart de température disponible dans l’échangeur de refroidissement du moût. Selon l’installation, atteindre la même température de sortie peut demander une adaptation du débit, davantage de temps ou un étage de froid complémentaire. Augmenter simplement le débit sans mesurer le résultat peut déplacer le problème vers la consommation d’eau. Il faut aussi examiner la capacité de récupération de cette eau réchauffée pour un usage ultérieur compatible.
La préparation opérationnelle consiste à relever les températures d’entrée et de sortie, le volume utilisé par brassin et la charge du groupe froid lors des journées chaudes. Ces propositions sont des pistes de diagnostic technique à valider sur l’installation, pas une consigne universelle de réglage.
La sécheresse pose une autre question : quels usages restent autorisés ? VigiEau permet une consultation selon l’adresse, le profil professionnel et l’origine de l’eau. Les arrêtés locaux et les prescriptions applicables au site restent déterminants ; un forage ne soustrait pas automatiquement une brasserie aux restrictions. Certaines ICPE relèvent également de dispositions spécifiques. [3]
Kronenbourg à Obernai : réduire, réutiliser et traiter
Kronenbourg présente une stratégie en trois volets : réduire, réutiliser, recycler. Sur sa page consacrée aux ressources, l’entreprise annonce une baisse de 18 % de sa consommation d’eau entre 2018 et 2024, grâce notamment à l’amélioration du nettoyage et à la réutilisation d’eaux industrielles. Elle y indique environ 4 litres d’eau par litre de bière, contre 12 en 1969. [4]
Une autre communication de Kronenbourg donne 3,74 litres pour 2022. Ces valeurs proviennent de publications différentes : elles ne constituent pas une série annuelle harmonisée permettant de conclure à une remontée récente. Il faut conserver la date et le périmètre de chaque chiffre. [5]
Le site dispose aussi d’une station d’épuration intégrée ; Kronenbourg indique traiter environ 1,5 million de m³ d’eaux usées chaque année avant restitution au milieu. Dépolluer un rejet et le recycler dans l’usine sont deux opérations distinctes. Le volume traité ne doit pas être présenté comme un volume intégralement réutilisé. [4]
À Bardos, la Brasserie du Pays basque mise sur le recyclage

À Bardos, la Brasserie du Pays basque s’est engagée dans le recyclage avec une consommation de départ de 5,5 litres d’eau par litre de bière sur son site. Son projet ajoute une étape d’osmose inverse au traitement des effluents afin de réemployer l’eau pour des usages internes, notamment le nettoyage. L’Agence de l’eau Adour-Garonne le présente également comme un projet pionnier. [6] [7]
La brasserie vise 2 litres d’eau par litre de bière et jusqu’à 84 % des effluents recyclés à l’horizon 2027. Elle estime le potentiel d’économie à 34 440 m³ par an. [6]
Avec un retour sur investissement annoncé de 18 ans, la brasserie fait un choix de long terme : limiter sa dépendance à la ressource et préserver sa capacité à produire. [6]
À l’étranger : recycler sur le site, agir sur le bassin, expliquer au public
Danemark — Carlsberg à Fredericia. Le groupe indique que son installation recycle environ 90 % des eaux de procédé et estime à près d’un milliard de litres l’économie réalisée après deux ans, dans sa communication de mars 2023. L’installation sert aussi de terrain d’apprentissage pour le groupe. [8]
AB InBev — une stratégie à l’échelle des bassins. Sur sa page dédiée à l’eau, le groupe affiche un objectif moyen de 2 hectolitres d’eau par hectolitre produit dans ses brasseries, ainsi qu’une ambition de restitution supérieure aux prélèvements dans ses bassins prioritaires à haut risque. [9]
Singapour — PUB et Brewerkz. NEWBrew illustre un autre modèle : une bière fabriquée avec NEWater, une eau recyclée de très haute qualité issue du système singapourien. Développée avec l’agence nationale de l’eau PUB, cette bière fait découvrir au public les possibilités offertes par une eau recyclée et purifiée. [10]
Investir dans les économies d’eau : des coûts et des aides documentés

Le prix du mètre cube ne suffit pas. Le bilan doit additionner les coûts variables réellement évitables : eau achetée ou prélevée, prétraitement, chauffage ou refroidissement, réactifs et traitement des rejets. Pour un projet de recyclage, il faut déduire ses consommations supplémentaires, analyses, maintenance et renouvellement des équipements. Un coût d’assainissement déjà inclus dans le tarif ne doit pas être compté deux fois.
Licorne, à Saverne : 900 000 € de travaux liés aux économies d’eau. Le contrat signé en 2021 prévoit une aide de 365 000 € de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Les premiers investissements portent sur les tours de refroidissement, la mesure et l’automatisation, avec un gain attendu de 54 000 m³ par an. Le programme comprend aussi la réutilisation d’eaux de rinçage. Source : Agence de l’eau Rhin-Meuse.
Les projets documentés montrent plusieurs façons d’investir : moderniser un site existant, recycler ses effluents ou partager un service de lavage. Le choix dépend des volumes, des frais d’exploitation et des aides accessibles.
Soofût : mutualiser le lavage pour les petites brasseries. L’ADEME décrit un projet de centre de lavage et de parc de fûts en Occitanie d’un coût global de 775 000 €, soutenu à hauteur de 197 000 €. À Lyon, l’organisme rapporte une baisse de 40 % de la consommation d’eau grâce à une station de lavage performante. La mutualisation permet aux brasseries d’accéder à ces équipements sans financer chacune une installation industrielle. Source : ADEME.
Réutiliser l’eau en France : un projet défini par son origine et son usage
Les textes de janvier et juillet 2024 ont ouvert et précisé le cadre de réutilisation de certaines eaux dans les entreprises alimentaires. Les exigences dépendent de l’origine de l’eau et de sa destination. La maîtrise des risques sanitaires et le régime de déclaration ou d’autorisation doivent être déterminés pour le projet : installer un filtre ne suffit pas à rendre tous les réemplois possibles. [11]
Avant de dimensionner l’équipement, il faut donc définir les flux collectés, les usages visés, les traitements, les contrôles et la conduite à tenir en cas de non-conformité, avec les autorités compétentes et les intervenants techniques. Chaque projet se construit autour des usages de l’eau et des exigences sanitaires du site.
Par où commencer dans une brasserie artisanale ?
Mesurer pendant un mois représentatif. Relever le compteur général, la production conditionnée et les journées sans brassage. Distinguer autant que possible brassage, nettoyage, conditionnement et utilités. Une consommation les jours d’arrêt mérite une vérification ; un ratio dégradé peut aussi s’expliquer par une baisse de production.
Corriger les pertes avant de recycler. Examiner les fuites, les écoulements permanents, les séquences de rinçage et la récupération d’eau de refroidissement. Toute modification d’un cycle de nettoyage doit conserver son efficacité sanitaire et être validée. Réduire le temps à l’aveugle peut coûter bien plus cher qu’un volume d’eau économisé.
Chiffrer les projets avec leur exploitation. Pour une cuve de récupération ou une unité de recyclage, demander le bilan en eau, les besoins énergétiques, les rejets résiduels, l’entretien et les arrêts possibles. Le taux de récupération d’un équipement ne suffit pas : l’eau récupérée doit trouver un usage compatible au bon moment.
Préparer l’été à l’avance. Identifier les restrictions applicables, les personnes responsables des relevés et les conséquences d’une réduction d’approvisionnement. Les agences de l’eau peuvent soutenir certains diagnostics et travaux ; les conditions et l’éligibilité sont à vérifier auprès du bassin concerné. [3]
La gestion des rejets prolonge le sujet traité dans notre dossier sur la valorisation des drêches et déchets de brasserie. Eau, chaleur et froid doivent aussi être examinés ensemble, comme les autres leviers présentés dans notre article sur l’empreinte carbone de la bière. Côté consommation, notre analyse des sorties au bar pendant l’été 2026 rappelle que fortes chaleurs et hausse des ventes ne vont pas nécessairement de pair.
Sources et méthode
Recherche arrêtée au 21 octobre 2026. Les performances et objectifs d’entreprises sont attribués à leurs publications, avec leurs dates lorsqu’elles sont disponibles ; ils ne constituent pas un classement entre sites. Les coûts et les aides cités proviennent des publications de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et de l’ADEME.
- Brewers Association — Water & Wastewater Sustainability Manual
- SDES — L’eau en France, bilan environnemental 2024
- Service Public Entreprendre — restrictions en période de sécheresse
- Kronenbourg — Préserver nos ressources naturelles
- Kronenbourg — bilan présenté en octobre 2023, ratio 2022
- Brasserie du Pays basque — présentation du projet, juin 2025
- Agence de l’eau Adour-Garonne — une brasserie basque pionnière
- Carlsberg — Fredericia, bilan annoncé en mars 2023
- AB InBev — stratégie et objectifs eau
- PUB — NEWBrew, édition 2022
- Ministère de l’Agriculture — cadre de réutilisation, juillet 2024



