Pinteo Explique
Un bail de neuf ans semble raisonnable. Arthur Guinness, lui, signe pour neuf mille. Le 31 décembre 1759, il prend à bail une ancienne brasserie à St James’s Gate, à Dublin, pour un loyer annuel de 45 livres. Plus de deux siècles et demi plus tard, ce contrat reste l’une des pièces les plus étonnantes de l’histoire de la marque.
9 000 ans, pour un terrain d’un peu plus d’un hectare
Le Guinness Storehouse et Tourism Ireland confirment la durée de 9 000 ans et les 45 livres annuelles. Le site historique de Guinness précise la date de signature et la superficie initiale : quatre acres, soit environ 1,6 hectare. Arthur a alors 34 ans.
À cette échelle, on comprend pourquoi le chiffre retient l’attention. Neuf mille ans représentent neuf fois un millénaire. Posé à côté du montant du loyer, il donne à un contrat commercial l’allure d’un pari sur un avenir presque impossible à imaginer.

D’abord de l’ale, puis du porter
La signature ne marque pourtant pas la naissance de la pinte noire à mousse crémeuse que l’on connaît aujourd’hui. D’après les archives présentées par Guinness, Arthur commence par produire de l’ale. Il se met au porter dans les années 1770 et abandonne l’ale en 1799 pour se consacrer à cette bière sombre.
L’adresse reste, les bières évoluent. C’est ce décalage qui rend l’histoire intéressante : on peut associer un lieu à une marque pendant des siècles sans que le verre servi traverse le temps à l’identique. Pour situer ces familles, notre guide des styles de bière aide à retrouver les différences entre ales, porters et stouts.
Une brasserie qui prend de la place dans Dublin
Le panorama du site montre un tout autre ordre de grandeur que le terrain des débuts. Bâtiments de brique, toitures, cheminées et équipements industriels se succèdent au milieu de la ville. Cette photographie prise depuis le Gravity Bar permet de replacer le fameux contrat dans un paysage réel.

L’histoire d’une brasserie se lit aussi dans ses bâtiments et les images qu’elle conserve. En France, l’affiche de Mucha pour les Bières de la Meuse donne un autre aperçu de cette évolution, en montrant les sites de production de Bar-le-Duc et de Sèvres au pied d’une grande figure féminine.
Le contrat devenu pièce de musée
Au Guinness Storehouse, le bail occupe une place à part dans le parcours de visite. La photographie du bail reproduite dans cet article le montre présenté sous une vitre, dans le sol : un document administratif devenu un objet que l’on vient regarder.
Les 9 000 ans racontent les conditions de l’installation de 1759. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de décrire la propriété actuelle du terrain ou de calculer ce que Guinness paierait aujourd’hui. L’anecdote tient déjà dans ces trois repères : une date, un lieu et une durée démesurée.
Sources et crédits
- Guinness Storehouse — The Story of Guinness : date, bail, superficie et évolution des bières. Récit historique publié par l’entreprise.
- Tourism Ireland — Guinness Storehouse : durée et loyer du bail, place du document dans la visite.
Sources consultées le 19 octobre 2026. Les photos illustrent le site à des dates différentes et sont créditées individuellement. Les conditions foncières actuelles et une conversion des 45 livres en monnaie actuelle ne sont pas établies ici.



